L’effet des canicules et de la sécheresse sur la récolte française 2026
La sécheresse historique qui a touché cette année l’ensemble du territoire français a eu des effets dévastateurs sur les rendements agricoles. Bilan en cette fin de mois d’août 2026, à une semaine du dévoilement des mesures détaillées et du montant des aides par département du Plan global d’accompagnement « Canicule – Sécheresse – Incendies » (CASI), qui aura lieu le 3 septembre 2026.
Après un printemps peu arrosé, des températures très élevées durant l’été et un déficit de précipitations (qui a atteint 70 % au mois de juillet d’après Météo-France), l’ampleur des conséquences sur les sols et les productions agricoles commence à se mesurer – d’autant plus que les moissons et les premières récoltes sont terminées.

Conséquences de la sécheresse sur les céréales à paille : blé, orge
Tout d’abord, on peut noter que toutes les cultures n’ont pas été touchées de la même manière.
Les céréales à paille ont moins souffert que d’autres récoltes, car souvent semées plus tôt dans l’année (en automne-hiver). C’est notamment le cas du blé tendre d’hiver, habituellement semé autour d’octobre-novembre, et du blé dur, semé encore plus tôt, entre août et octobre.
De son côté, la production d’orge d’hiver a été sécurisée, tant au niveau des rendements qui ne diminuent « que » de 6 % environ (avec une moyenne à 65,5 q/ha cette année contre 70,0 q/ha en 2025), qu’au niveau de la qualité, avec de bons taux protéiques et de poids des grains. A contrario, l’orge de printemps, qui connaît par ailleurs une nette diminution de ses surfaces cultivées en France, a davantage subi les aléas météorologiques. En cause : un semis plus tardif cette année, des conditions d’implantation peu optimales et une faible disponibilité en eau au cours du cycle végétatif.
Enfin, les récoltes de blé tendre et de blé dur français présentent de petites baisses de rendement (-12 % à -6 %), mais les grains restent de bonne à très bonne qualité. Les premières analyses montrent des poids spécifiques (PS) très élevés et une teneur en protéines importante. À noter que, si la teneur en eau des grains à la récolte est particulièrement basse – ce qui en fait un atout, elle implique aussi une baisse mécanique du rendement.
Les cultures de printemps frappées de plein fouet par la sécheresse
Les baisses de rendement sont plus critiques pour les cultures de printemps telles que le maïs, le tournesol, le soja ou les pommes de terre. Cela s’explique par le fait que les phases sensibles de leur cycle de développement (floraison, remplissage des grains ou des tubercules) sont tombées durant les canicules répétées de juin, juillet et août.
- Le tournesol devrait connaître cette année son rendement le plus bas depuis 1980, estimé à 18,1 q/ha, soit 12,6 % de moins qu’en 2025 et 20,2 % de moins que la moyenne 2021-2025. Sa récolte s’achèvera fin septembre, et affinera ces estimations.
- Le maïs grain connaît quant à lui une baisse de rendement. Les premières estimations publiées par l’Agreste début août mentionnaient une baisse de l’ordre de 19 % par rapport à l’année dernière, ce qui en fait un niveau qui n’avait plus été atteint depuis 2003. S’ajoutant à cela la diminution des surfaces cultivées (-21 % en un an), la production de maïs grain française n’avait pas atteint des seuils aussi bas depuis longtemps.
- Le soja devrait être concerné par une baisse de rendement de l’ordre de 24 % (19,3 q/ha contre 26,4 q/ha en 2025), d’après Agreste au 1er août, avec toutefois une hausse des surfaces cultivées. Cette chute de rendement concerne même les parcelles irriguées. Les prochaines semaines devraient être décisives pour l’issue de la récolte, en espérant des précipitations supplémentaires.
- La betterave, dont l’arrachage commence bientôt, risque aussi une chute de rendement de près de 14 %. Avec les pertes de surfaces en plus, la production risque de baisser de près de 20 %, ce qui alerte grandement la filière.
- Enfin, les producteurs de pommes de terre craignent d’atteindre les rendements les plus bas depuis 30 ans. Cela pourrait mener à une baisse de la production nationale de près de 25 % en 2026 par rapport à 2025, qui était une année particulièrement record. Ce retournement brusque alarme l’ensemble de la chaîne de valeur, autant les producteurs et productrices qui avaient basculé vers davantage de contractualisation, que l’aval de la chaîne de valeur, notamment les transformateurs, qui vont devoir s’adapter à une baisse des volumes disponibles et une taille des pommes de terres inférieure à la normale.
Une récolte maraîchère compliquée, les producteurs bretons tirent la sonnette d’alarme
Le constat du côté des fruits et légumes est inquiétant lui aussi.
D’après Prince de Bretagne, marque qui rassemble 3 coopératives bretonnes majeures, la Chambre d’agriculture de Bretagne, ou encore la coopérative Eureden, les rendements attendus sont en baisse, parfois drastique, pour bon nombre de productions : la baisse de rendement pour les artichauts serait de -50 à -100 %, les brocolis -60 %, les choux-fleurs -20 % et jusqu’à -100 % pour les parcelles non irriguées, les salades -35 %, les petits pois -35 %, les oignons -30 à – 35%, les courgettes -25 %. Cependant, comme la Bretagne est un bassin de production majeur de la plupart de ces légumes (elle représente près de 82% de la production nationale de choux-fleurs et reste le bassin historique des artichauts), ces chiffres sont représentatifs à l’échelle française mais ne sont pas encore les statistiques nationales officielles.
Aux baisses de rendements s’ajoutent par ailleurs des altérations visuelles : carottes et courgettes tordues, pommes de terre de petite taille, etc. Sur les étals, les consommateurs seront déjà confrontés à des légumes d’habitude destinés à la transformation.
Chaleur, manque d’eau et pénurie de fourrages affectent les élevages
Enfin, les cultures ne sont pas les seules à avoir été impactées par les canicules. Les élevages ont souffert de la chaleur, impliquant, entre autres, des baisses de production laitière, des perturbations de la reproduction et une surmortalité, notamment en élevage avicole.
La canicule et les sécheresses ont en effet affecté la croissance de l’herbe. En systèmes herbagers (particulièrement en élevage bovin), les éleveurs et éleveuses ont déjà commencé à prélever dans leurs stocks de fourrage et d’ensilage, à cause des pâturages trop maigres, ce qui ne présage rien de bon pour le reste de l’année.

Pourquoi lutter contre le changement climatique est non seulement urgent, mais vital
Cet épisode particulièrement difficile nous rappelle que le changement climatique est la première cause des canicules et des sécheresses associées, notamment à cause de l’augmentation de l’effet de serre et donc des températures globales. Et une fois de plus, cela souligne l’importance de lutter contre, pour éviter la multiplication de ces événements extrêmes à l’avenir.
L’accompagnement que nous proposons chez solution permet de financer la transition bas-carbone d’exploitations agricoles afin de mettre en place des pratiques d’agriculture régénératrice. Pratiques qui sont d’autant plus intéressantes qu’elles permettent d’améliorer le bilan carbone des productions agricoles, mais surtout de régénérer les sols agricoles, les rendant ainsi plus résilients aux aléas climatiques.