Le projet réunit la laiterie En Direct des Éleveurs (SAS De Nous À Vous), son client Brioche Pasquier et Carbone Farmers, autour de la décarbonation de la production laitière en Loire-Atlantique. Soutenu par un appel à projet de l’ADEME remporté conjointement avec Brioche Pasquier, il vise à mesurer l’empreinte carbone du lait, à l’inscrire dans une trajectoire de réduction et à la valoriser tout au long de la chaîne de valeur. Après un an de mise en œuvre, le lait mesuré affiche déjà une empreinte carbone inférieure aux références nationales, et la démarche a permis d’identifier des marges de progression sur chaque exploitation.
En Direct des Éleveurs (SAS De Nous À Vous) est une laiterie en filière courte de Loire-Atlantique. Depuis dix ans, ses dix producteurs maîtrisent l’ensemble de la chaîne de valeur de leur lait : production, transformation et commercialisation. La filière réunit peu d’exploitations, mais chaque vache y produit entre 8 000 et 10 000 litres de lait par an. Les troupeaux sont conduits en agroécologie, nourris aux fourrages et sans tourteau de soja importé. Cette conduite confère au lait des qualités organoleptiques recherchées, liées notamment aux oméga 3 présents dans l’herbe et les fourrages comme le lin, la luzerne et la féverole. En commercialisant eux-mêmes leur lait, les éleveurs maîtrisent mieux leurs coûts et se rémunèrent plus justement.
Brioche Pasquier est un groupe agroalimentaire familial français, spécialisé dans les brioches et viennoiseries industrielles. Avec plusieurs milliers de salariés et une présence dans toute l’Europe, c’est un acteur majeur de son secteur. Engagé depuis deux ans dans une stratégie de décarbonation, le groupe a identifié son approvisionnement agricole comme principal poste d’émissions. Il cherchait des données précises sur l’impact carbone de ce poste, et accompagne la transition de la filière par un système de primes versées à la laiterie.
L’Agence de la transition écologique (ADEME) soutient le projet dans le cadre d’un appel à projet remporté conjointement avec Brioche Pasquier, sur une durée de trois ans. Établissement public placé sous la tutelle du ministère de la Transition écologique, l’ADEME finance et accompagne des démarches de transition environnementale.
Carbone Farmers coordonne l’ensemble de la démarche carbone : bilans environnementaux des fermes, conception de plans d’action bas-carbone adaptés à la réalité technico-économique de chaque exploitation, évaluation du coût de transition, et valorisation des données dans la chaîne de valeur pour mobiliser les financements nécessaires à la transition des éleveurs.
En Direct des Éleveurs réunit des producteurs qui transforment et commercialisent eux-mêmes leur lait. Leurs produits, sont distribués en grande surface, en restauration auprès de chefs de la région parisienne et d’industriels comme Brioche Pasquier. Cette maîtrise de la chaîne de valeur donne aux éleveurs une prise directe sur leur métier et sur la valeur de leur production.
« Depuis que je suis En Direct des Éleveurs, j’aime plus mon métier qu’avant. Au moins, maintenant, je vais au bout de celui-ci. »
Damien, éleveur et membre d’En Direct des Éleveurs
Déjà engagée sur le plan environnemental, la laiterie a souhaité aller plus loin sur le volet carbone. Six exploitations volontaires se sont prêtées à un bilan complet, pour mesurer précisément leurs émissions et le stockage de carbone associé à leurs pratiques.
Sur une exploitation de polyculture-élevage, les ateliers ne sont pas indépendants : une grande partie de ce que mangent les vaches, fourrages, herbe et céréales, est produite sur la ferme elle-même. Mesurer le seul atelier laitier reviendrait à ignorer l’empreinte réelle de cette alimentation, ou à la remplacer par une valeur générique. Le double diagnostic répond à ce problème.
Chaque exploitation fait l’objet de deux bilans, l’un sur l’atelier d’élevage, l’autre sur les ateliers de culture. La méthodologie CAP’2ER, recommandée par le Label bas carbone pour l’élevage bovin, permet d’établir l’empreinte carbone de l’atelier d’élevage. Côté cultures, l’empreinte carbone est mesurée pour chaque culture, à la parcelle, en fonction de l’itinéraire technique réellement appliqué.
L’apport de la méthode tient à l’articulation des deux. L’empreinte carbone nette des cultures autoconsommées, c’est-à-dire les fourrages et les céréales destinés aux animaux, est calculée puis réallouée à la production laitière. L’empreinte du lait intègre ainsi l’empreinte mesurée de l’alimentation des vaches, à la parcelle, et non une donnée moyenne. CAP2ER seul ne permet pas ce niveau de précision, en particulier sur le stockage de carbone, ce qui a conduit Carbone Farmers à développer sa propre méthodologie.
Le résultat est un bilan unique et cohérent à l’échelle de l’exploitation entière, avec des données spécifiques de niveau Tier 3, émissions et stockage compris. Chaque diagnostic suit le même déroulé : une situation de départ qui synthétise les pratiques, un plan d’action retenu pour les cinq prochaines années, puis une projection qui évalue la trajectoire de réduction et les coûts de transition. Sur cette base, les agronomes de Carbone Farmers co-construisent avec les éleveurs des plans adaptés à chaque ferme.
Les leviers retenus portent à la fois sur l’élevage et sur les cultures, pour agir sur l’exploitation entière et non sur le seul atelier laitier.
Sur la partie élevage, les exploitations ont toutes choisi d’améliorer la qualité de leurs fourrages. Les autres leviers les plus appliqués concernent l’augmentation de l’autonomie protéique (en lien avec la qualité des fourrages), l’optimisation de la consommation de concentrés, l’amélioration du logement des animaux et l’implantation de haies sur l’exploitation.
Sur la partie grandes cultures, les plans d’action visent surtout l’ajustement des apports d’azote au plus près des objectifs de rendement, l’introduction de légumineuses et l’allongement des rotations, le recours à des engrais moins volatils et l’augmentation de la biomasse des couverts intermédiaires. Ces choix répondent à une logique commune : produire mieux en réduisant la dépendance aux intrants de synthèse, tout en maintenant des niveaux de production élevés.
Les premiers résultats confirment la pertinence de l’approche. Au point de départ, l’empreinte carbone du lait mesurée sur les exploitations d’En Direct des Éleveurs est déjà plus basse que les références nationales. Plusieurs facteurs l’expliquent, à commencer par la forte productivité laitière des troupeaux, qui répartit les émissions sur un volume de lait élevé, et par l’absence de soja importé dans l’alimentation des animaux.
La démarche a aussi permis de mieux situer chaque ferme par rapport aux standards du secteur et d’identifier de nouveaux axes de progression, ferme par ferme. Au-delà du carbone, nous fournissons aussi des indicateurs environnementaux complémentaires relatifs à la biodiversité, la qualité de l’eau, des sols ou encore de l’air.
« Ce travail nous a permis de confirmer qu’on était déjà bons sur le carbone. Ce qui n’empêche pas d’avoir encore une marge de manœuvre, notamment sur les engrais à faible volatilité, ou les fourrages enrichis en légumineuses. »
Antoine, En Direct des Éleveurs
La démarche fournit à Brioche Pasquier un facteur d’émission spécifique et traçable du lait, accompagné de ces indicateurs complémentaires. Là où une entreprise s’appuie le plus souvent sur un facteur d’émission générique, elle peut ici intégrer une valeur propre à son approvisionnement et l’affiner d’année en année.
Ce facteur d’émission est transmis via notre plateforme FarmGate Metrics, qui génère des attestations certifiées ISO 14067. Cette certification garantit la fiabilité et la traçabilité de la valeur communiquée. Brioche Pasquier peut ainsi intégrer une donnée robuste dans ses reportings climatiques et affiner les émissions scope 3 associées au volume de lait acheté. En contrepartie de cette valeur, le groupe soutient la transition des éleveurs par une prime versée à la laiterie.
« Le sujet carbone est très compliqué et on a besoin de s’appuyer sur des entreprises comme Carbone Farmers qui maîtrisent le sujet pour nous permettre d’avoir de la donnée fiabilisée, utilisable dans nos reportings. »
Vincent Forestier, Groupe Pasquier
L’étude se poursuit sur les trois ans du projet ADEME, avec un suivi annuel des six exploitations pour mesurer leurs progrès et accompagner la mise en place des plans d’action. À terme, la démarche pourra déboucher sur un engagement de plus long terme en Label bas carbone, sans que cette étape soit à ce stade actée.
La dynamique s’inscrit dans la durée. Les nouveaux membres de la laiterie devront rejoindre la démarche bas-carbone, et les éleveurs sont incités à progresser grâce aux primes filières versées par Brioche Pasquier. Chaque maillon de la chaîne de valeur est ainsi impliqué et valorisé.
« Le bilan est très positif, surtout si on arrive à mettre en avant les engagements des éleveurs. En fait, c’est un accompagnement sur le long terme pour voir les trajectoires de progrès et valoriser le travail de chacun. »
Vincent Forestier, Groupe Pasquier
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