Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) : enjeux pour les filières agricoles

Dans cet article

Photo de Harry Yana, alternant chez Carbone Farmers

Harry Yana

Chargé de Communication et affaires publiques

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Étal de tomates, courges et pastèque, illustrant la SNANC, stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat

La Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat, ou SNANC, fixe les orientations de la politique alimentaire française jusqu’en 2030. Publiée en février 2026, elle couvre la santé, la nutrition, le climat, la biodiversité et la souveraineté alimentaire.

Qu’est-ce que la SNANC ?

La SNANC découle de la loi Climat et Résilience de 2021, elle-même issue des propositions de la Convention citoyenne pour le climat. Elle s’appuie sur deux programmes existants, le Programme national pour l’alimentation (PNA) et le Programme national nutrition santé (PNNS). Elle s’articule avec la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC).

Son architecture compte quatre axes, vingt objectifs et quatre-vingt-cinq actions, dont quatorze actions phares. La SNANC reste un document d’orientation. Sa déclinaison opérationnelle, avec calendrier, pilotes et indicateurs, viendra des prochains PNA et PNNS. Elle fixe la direction, pas encore les obligations détaillées.

Alimentation et agriculture : quelle empreinte carbone ?

La SNANC rappelle des ordres de grandeur que peu d’acteurs de la filière ont en tête. En premier lieu, le fait que le système alimentaire représente environ 24 % de l’empreinte carbone des ménages français.

La production agricole génère quant à elle 20 % des émissions de gaz à effet de serre de la France. C’est le deuxième poste d’émissions national, derrière les transports, sur 54 % du territoire. La SNANC en détaille la composition : 55,6 % de méthane, dont la source principale est l’élevage, 28,8 % de protoxyde d’azote lié aux cultures, et 15,6 % de dioxyde de carbone d’origine énergétique. Les produits d’origine animale concentrent 61 % de l’empreinte carbone de l’alimentation.

Ces chiffres mettent par ailleurs en lumière l’écart d’impact climatique des différents régimes alimentaires. La SNANC cite à cet égard une étude britannique selon laquelle les émissions des gros consommateurs de viande sont environ deux fois supérieures à celles des faibles consommateurs.

Le stockage de carbone dans les sols agricoles

La SNANC ne traite pas l’agriculture seulement comme une source d’émissions. Elle la présente aussi comme un puits de carbone possible. Le document identifie les pratiques agroécologiques et l’agriculture biologique parmi les principaux leviers pour réduire les émissions et augmenter le stockage de carbone dans les sols et la biomasse.

La SNANC décrit l’agroécologie comme une agriculture qui optimise les ressources naturelles et recourt le moins possible aux intrants de synthèse, engrais, produits phytosanitaires et antibiotiques, tout en renforçant l’autonomie des exploitations. Sur des grandes cultures, elle relie le stockage de carbone à des pratiques comme les couverts végétaux, la diversification des assolements, l’introduction de cultures intermédiaires et l’implantation de haies.

Ces pratiques agissent sur deux tableaux : les émissions et le stockage de carbone. Par exemple, réduire les intrants de synthèse et les passages d’engins fait baisser les émissions. Les couverts végétaux et les apports de matière organique, quant à eux, permettent de séquestrer du carbone dans le sol. C’est ce qui rend les sols agricoles intéressants pour le climat : bien gérés  par l’agriculteur, ils émettent moins et stockent davantage.

Les coûts cachés de notre alimentation

Au-delà des émissions, la SNANC chiffre ce que notre système alimentaire coûte en externalités  (c’est-à-dire en dégâts causés par une activité, mais payés par d’autres que ceux qui les provoquent). Selon une étude de la FAO reprise par la SNANC, The State of Food and Agriculture 2023, ces coûts cachés atteignent environ 177,5 milliards d’euros pour la France. La majeure partie, 134,3 milliards, tient au fardeau des maladies chroniques liées à l’alimentation. Le reste relève directement des enjeux environnementaux : 17,8 milliards liés au changement d’affectation des terres, 17,1 milliards aux émissions d’azote et 8,2 milliards aux externalités des émissions de gaz à effet de serre. Ces montants ne pèsent pas sur le prix payé en rayon mais sont supportés par la collectivité, à travers les dépenses de santé, le traitement de l’eau ou la restauration de milieux dégradés.

Ces estimations comptent pour les filières agricoles. Elles montrent que réduire les émissions et les pollutions agricoles, ce n’est pas ajouter un coût, c’est s’attaquer à des coûts que la société paie déjà.

Azote et engrais : un enjeu climatique et de souveraineté

L’azote illustre une tension propre à l’agriculture. Les cultures ont besoin d’azote pour se développer, mais les engrais azotés de synthèse, massivement utilisés, ont un lourd impact sur le climat, et cela à deux moments. À la production d’abord : leur fabrication par le procédé Haber-Bosch consomme beaucoup d’énergie fossile. Au champ ensuite : une fois épandus, ils libèrent du protoxyde d’azote, un gaz dont le pouvoir réchauffant est environ 270 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone sur un siècle, selon le GIEC. Ce protoxyde d’azote représente à lui seul 28,8 % des émissions agricoles françaises, et il provient principalement de la fertilisation azotée des cultures.

À ce poids carbone s’ajoute une fragilité stratégique. La SNANC rappelle qu’en 2024, la France importait 75 % de ses engrais azotés et 63 % des tourteaux destinés à l’alimentation animale, avec une dépendance accrue aux pays tiers. Cette dépendance protéique a elle aussi un coût carbone : une partie du soja importé pour nourrir les animaux provient de zones déforestées, ce qui contribue à la déforestation importée.

Les objectifs de la SNANC pour 2030

La SNANC fixe des objectifs généraux et des objectifs opérationnels chiffrés.

Côté objectifs généraux :

  • réduire de 30 % la prévalence du surpoids et de l’obésité chez les enfants et les adolescents, par rapport à 2015 ;
  • tendre vers la disparition de l’insécurité alimentaire ;
  • réduire les émissions de gaz à effet de serre hors puits de carbone de 50 % entre 1990 et 2030 ;
  • améliorer la souveraineté alimentaire de la France.

Côté objectifs opérationnels :

  • faire évoluer les régimes vers les repères du PNNS : plus de fruits, légumes, légumineuses, fruits à coque et céréales complètes, moins de viande et de charcuterie importées ;
  • atteindre 12 % de consommation de produits bio en valeur ;
  • atteindre 50 % de produits durables et de qualité, dont 20 % de bio, en restauration collective ;
  • réduire le gaspillage alimentaire de 50 % ;
  • couvrir 80 % du territoire par des Projets alimentaires territoriaux de niveau 2 à critères renforcés.

Viande et élevage : consommer moins, et différemment

La SNANC oriente une partie de ses recommandations vers une limitation de la consommation de viande et de charcuterie, en particulier importées. Elle ne fixe pas de cible chiffrée, mais reprend les recommandations de santé existantes du PNNS, qui invitent à limiter la viande hors volaille et la charcuterie.

Cette orientation mérite d’être nuancée car elle ne vise pas l’élevage en bloc. La SNANC appelle à un report vers une viande locale et de qualité, issue par exemple d’un élevage pâturant pour la filière bovine. Elle rappelle que l’élevage extensif rend des services écosystémiques : préservation de la biodiversité, fertilité des sols, maintien des stocks de carbone. L’objectif n’est pas la fin de l’élevage, mais un élevage plus durable et mieux valorisé.

Le financement de la transition dans la SNANC

La SNANC fait de l’accompagnement des filières un objectif explicite. Elle inscrit la structuration de filières territorialisées parmi ses leviers, notamment via les Projets Alimentaires Territoriaux (PAT). Au 1er juillet 2025, 450 PAT étaient reconnus, dont 241 opérationnels. Elle mobilise aussi la commande publique : l’objectif EGalim de 50 % de produits durables et de qualité en restauration collective agit comme un levier de demande qui structure l’offre des filières. La stratégie consacre enfin un objectif entier au partage équitable de la valeur le long de la chaîne, en posant que les efforts de transition doivent être rémunérés, de l’agriculteur au distributeur.

La SNANC nomme ce besoin de financement, mais ne définit pas la manière dont il sera atteint. Les leviers budgétaires qu’elle cite, de France 2030 au Pacte des solidarités, financent l’émergence de projets et l’accompagnement. Ils ne financent pas la transformation des pratiques, ferme par ferme. C’est pourtant à ce niveau que se décide la décarbonation réelle d’une filière. La question du financement de la transition agricole reste ouverte.

L’approche Carbone Farmers : mesurer et financer la transition à l’échelle de la filière

La réduction des émissions se joue exploitation par exploitation, et tout commence par la mesure. Avec FarmGate Metrics, plateforme certifiée ISO 14067, nous quantifions les émissions évitées et le carbone stocké au niveau de la ferme, pour piloter la transition agroécologique dans la durée.

Ces résultats sont financés par l’aval. Les entreprises agroalimentaires et agro-industries soutiennent leurs propres filières par des primes versées à leur amont agricole, qu’elles comptabilisent dans leur scope 3, tandis que les entreprises engagées pour le climat, extérieures à la filière, financent les réductions en achetant des crédits carbone de contribution. Une même tonne ne relève jamais des deux à la fois, ce qui garantit l’absence de double comptage.

L’essentiel à retenir sur la SNANC

La SNANC fixe le cap de l’alimentation française pour 2030 et place l’agriculture au centre des enjeux climatiques. Elle pose le besoin de financer la transition des filières, mais s’arrête là : pas de solution concrète, ni d’obligation réglementaire. Dans ce cadre encore ouvert, les filières qui s’organisent tôt pour mesurer et valoriser leurs réductions prennent une longueur d’avance.

FAQ

Qu’est-ce que la SNANC ?

La SNANC, ou Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat, fixe les orientations de la politique alimentaire française jusqu’en 2030. Elle couvre la santé, le climat, la biodiversité et la souveraineté alimentaire.

Quand la SNANC entre-t-elle en application ?

Publiée en février 2026, la SNANC couvre la période 2025-2030. Sa mise en œuvre opérationnelle est portée par les prochains Programme national pour l’alimentation et Programme national nutrition santé.

Quels sont les objectifs de la SNANC pour 2030 ?

Réduire les émissions de gaz à effet de serre, faire évoluer les régimes vers les repères du PNNS, atteindre 12 % de bio en valeur, réduire le gaspillage de 50 % et couvrir 80 % du territoire par des Projets alimentaires territoriaux opérationnels.

Que change la SNANC pour les filières agricoles ?

Elle inscrit la transition des filières et le partage de la valeur parmi ses leviers, sans fixer de mécanisme de financement de la transformation des pratiques agricoles.

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