Puits de carbone : pourquoi forêts, océans et sols s’essoufflent ?

Dans cet article

Portrait d’Anastasia Broda, membre de l’équipe Carbone Farmers

Anastasia Broda

Responsable Marketing et communication

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I) Qu’est-ce qu’un puits de carbone ?

Depuis la canicule de juin 2026, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur la manière de lutter contre le réchauffement climatique. La solution principale est bien connue : réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Mais que faire du carbone déjà présent dans l’atmosphère ? C’est là qu’interviennent les puits de carbone. Dans son glossaire, le GIEC les définit comme des réservoirs, naturels ou artificiels (sols, océans, végétation), dans lesquels sont stockés un gaz à effet de serre, un aérosol ou un précurseur de ces composés. Concrètement, un puits de carbone est un milieu qui retire du CO₂ de l’atmosphère et le stocke durablement. Océans, forêts et toundras en sont les trois grands exemples. Ensemble, les puits naturels absorbent chaque année environ la moitié du CO₂ émis par les activités humaines. Mais ils faut rester vigilent et réaliser qu’ils sont fragiles. Une forêt qui brûle ou un sol qui dégèle rejette le carbone qu’il stockait : il devient alors un émetteur de carbone.

On raisonne donc par flux de carbone :

  • quand un milieu est un puits de carbone : il s’agit d’un flux négatif pour l’atmosphère, car du carbone est retiré de l’atmosphère, et un flux positif par rapport à l’écosystème qui va stocker ce carbone
  • quand un milieu est une source de carbone : il s’agit d’un flux positif pour l’atmosphère, car du carbone est relâché dans l’atmosphère, et un flux négatif pour l’écosystème qui déstocke le carbone qu’il contenait / qui le composait.

Ce basculement de puits vers source est au cœur des inquiétudes des scientifiques. Dans cet article, découvrez comment fonctionnent les principaux puits de carbone, pourquoi ils sont menacés et ce que nous pouvons faire pour les protéger. Pour mieux nous connaître, découvrez notre ADN et nos engagements.

II) Les différents et principaux puits de carbone

Ici nous allons parler des principaux puits de carbone, soient les océans, les toundras, les forets.

Les océans, un puits de carbone silencieux

Trois mécanismes se combinent pour séquestrer le carbone :

  • La dissolution : à la surface, l’eau échange en permanence des gaz avec l’air. Le CO₂ s’y dissout, puis les courants l’entraînent vers les profondeurs, où il peut rester des siècles.
  • La photosynthèse du plancton : le phytoplancton, des algues microscopiques, capte le CO₂. Quand il meurt, une partie de ce carbone coule vers les fonds marins.
  • Les coquilles et sédiments : certains organismes fabriquent leur coquille avec du carbone, qui finit dans les sédiments.

La séquestration du carbone par l’océan est fragilisée par le réchauffement climatique et la surexploitation des océans.

Du fait de l’augmentation du CO2 , les océans s’acidifient, ce qui provoque des perturbations pour les espèces animales et végétales marines. Les phytoplanctons laissent place à de plus petits planctons, à la photosynthèse moins efficace, et les coquillages et mollusques ont plus de mal à calcifier (risquant ainsi la dissolution).

Par ailleurs, la surpêche réduit le nombre d’animaux marins qui transportent le carbone vers les profondeurs. Le chalutage de fond, qui racle les fonds marins, remue les sédiments et peut relâcher une partie du carbone stocké.

À lire aussi : le sol, un acteur clé de la séquestration carbone.

Les forêts : un puits de carbone à préserver

Avec la végétation et les sols, les forêts forment le grand puits de carbone terrestre. En France, les arbres stockent environ 1,3 milliard de tonnes de carbone, et 2,8 milliards en comptant le bois mort et les sols, selon l’IGN.

À lire aussi : investir dans des puits de carbone agricoles locaux.

  • La photosynthèse : les arbres absorbent le CO₂ de l’air par leurs feuilles. Grâce à l’énergie du soleil, ils le transforment en sucres, puis en bois, en feuilles et en racines. grâce à l’énergie du soleil, les arbres captent le CO₂ de l’air par leurs feuilles et puisent de l’eau par leurs racines. Ils transforment ce mélange en sucres, qui leur servent à fabriquer leur bois, leurs feuilles et leurs racines. Au passage, ils rejettent du dioxygène, celui que nous respirons.
  • Le stockage dans la biomasse : ce carbone reste piégé aussi longtemps que l’arbre vit, parfois plusieurs siècles, dans le tronc, les branches et les racines.
  • Le sol : feuilles mortes, bois mort et racines se décomposent lentement et forment de l’humus: c’est la couche sombre et riche qu’on trouve à la surface du sol, notamment en forêt, où le carbone peut rester des décennies.

Selon l’IGN, le bilan net du volume de bois sur pied en forêt (pousse de bois à laquelle on soustrait la mortalité et les récoltes) a été divisé par deux, de +41,7 à +19,5 millions de m³/an entre 2005-2013 et 2014-2022. Ainsi, le puits de carbone forestier, c’est-à-dire la quantité de carbone ajoutée au stock de carbone déjà existant, a reculé de presque 40 %, même si la surface boisée continue de s’étendre. En cause : les sécheresses, les incendies, les maladies comme les scolytes, et une mortalité des arbres en hausse de près de 80 % en dix ans, selon l’IGN et le FCBA.

Un stock de carbone vieux de plusieurs dizaines de milliers d’années : le pergélisol des toundras

Le pergélisol est un sol qui reste gelé en permanence, au moins deux années de suite, parfois depuis des milliers d’années. On le trouve surtout dans les régions très froides, dans les toundras en Arctique par exemple. Le pergélisol contient environ 1 500 milliards de tonnes de carbone, soit deux fois plus que l’atmosphère entière, selon le CNES. C’est un stockage du carbone qui passe davantage inaperçu mais reste très important.

  • Une végétation qui pousse, puis meurt : mousses, lichens et petits arbustes captent du CO₂ pendant le court été, puis leurs restes tombent au sol.
  • Le froid bloque la décomposition : là-bas, le sol reste gelé presque toute l’année (le pergélisol). Les bactéries travaillent très peu, donc les restes végétaux ne pourrissent pas et s’accumulent, parfois depuis des milliers d’années.

Quand le pergélisol dégèle, les bactéries se remettent au travail. Elles décomposent des restes végétaux accumulés depuis des milliers d’années et libèrent du CO₂ et du méthane, un gaz à effet de serre bien plus puissant. Le puits devient alors une source : plus il fait chaud, plus le sol dégèle, et plus il émet de gaz à effet de serre.

Les sols, et notamment les sols agricoles et prairies, un potentiel de stockage important

Les sols, y compris les sols forestiers et ceux des régions gelées (à savoir le premier mètre des sols), restent le plus grand réservoir de carbone terrestre, avec 1 500 à 2 400 milliards de tonnes de carbone organique, selon les estimations, stocké sous forme de matière organique issue des racines et des résidus végétaux.

Côté efficience du stockage, les prairies permanentes sont particulièrement remarquables : grâce à leur couvert continu et à leurs racines denses, elles stockent environ 80 tonnes de carbone par hectare dans les trente premiers centimètres, autant qu’un sol forestier, qui forme lui-même un second puits sous les arbres. Les sols cultivés peuvent être appauvris par certaines pratiques culturales mais ont un potentiel de stockage important. De nombreuses pratiques, comme les couverts végétaux, l’agroforesterie, l’utilisation d’engrais organiques, contribuent à favoriser le stockage de carbone dans les sols agricoles. Toutefois, ce puits risque de relâcher rapidement son carbone si les pratiques changent (retournement de prairies par exemple).

III) Comment protéger les puits de carbone ?

L’affaiblissement des puits de carbone n’est pas une fatalité. Des solutions existent, à l’échelle des États, des territoires et de chacun d’entre nous. Elles reposent sur un principe simple : préserver et favoriser ce qui fonctionne encore et restaurer ce qui a été dégradé.

Préserver les océans

Protéger l’océan, c’est d’abord limiter les pressions qui pèsent sur lui. C’est-à-dire lutter contre la surpêche et interdire le chalutage de fond dans les zones les plus sensibles qui aide à garder le carbone enfoui dans les sédiments. Les écosystèmes côtiers méritent aussi une attention particulière : les herbiers marins, les mangroves et les marais salants stockent beaucoup de carbone sur de petites surfaces. On parle alors de « carbone bleu ». Pourtant, ces milieux reculent sous l’effet de l’urbanisation du littoral, de la pollution et de la pêche intensive. En outre amoindrir le changement climatique c’est lutter contre l’acidification des océans et plus globalement préserver les écosystèmes qui en dépendent.

Gérer durablement les forêts

Pour les forêts, l’enjeu est double : éviter la déforestation et adapter les plantes au changement climatique. À l’échelle mondiale, stopper la destruction des forêts tropicales reste la priorité, car leur défrichement libère d’énormes quantités de carbone (en plus de toutes les conséquences désastreuses pour la biodiversité, la faune et la flore sauvages). En France, la question est surtout celle de l’adaptation. Les forestiers misent sur la diversification des essences : une forêt mélangée résiste mieux aux sécheresses, aux tempêtes et aux maladies qu’une plantation composée d’une seule espèce. Il s’agit aussi de limiter les coupes rases, qui mettent les sols à nu et accélèrent la perte de carbone, et de conserver du bois mort, refuge de biodiversité et source d’humus. Enfin, utiliser le bois dans la construction permet de prolonger le stockage du carbone pendant des décennies, à condition que la ressource soit gérée durablement.

Limiter le réchauffement pour sauver le pergélisol

Contrairement aux forêts ou aux sols, le pergélisol ne peut pas être restauré une fois dégelé : il a mis des milliers d’années à se former. La seule façon de le protéger est de limiter le réchauffement climatique. Chaque degré compte : plus la hausse des températures est contenue, plus la surface de pergélisol préservée est grande. C’est pourquoi la réduction rapide des émissions reste la mesure la plus importante pour l’ensemble des puits de carbone.

Favoriser le stockage de carbone dans les sols agricoles par des pratiques régénératrices

L’idée de l’initiative « 4 pour 1000 », lancée par la France à la COP21, était d’augmenter chaque année de 0,4 % le stock de carbone des sols. Cela visait à compenser une part importante des émissions françaises.

Chez Carbone Farmers, en nous inscrivant dans la droite ligne de cette initiative, nous souhaitons régénérer les sols agricoles, tout en favorisant les formidables puits de carbone qu’ils sont. Nous accompagnons donc les agriculteurs et éleveurs dans la mise en place de pratiques régénératrices et bas-carbone, ce qui contribue à stocker chaque année plusieurs milliers de tonnes de CO₂ supplémentaires.

IV) Protéger et restaurer les puits de carbone : océans, forêts, pergélisol et sols agricoles

Les puits de carbone sont nos meilleurs alliés naturels contre le réchauffement climatique. L’océan dissout le CO₂ et l’envoie vers les profondeurs, les forêts le transforment en bois et en humus, et le pergélisol des toundras conserve sous la glace le CO2. Ensemble, ils absorbent environ la moitié de nos émissions chaque année.

Mais ces alliés s’essoufflent. Le puits océanique stagne, le puits forestier français a été divisé par deux en dix ans, le pergélisol qui dégèle commence à relâcher son carbone, et près de 44 % des terres agricoles de l’UE et du Royaume-Uni sont à haut risque de perte de carbone organique. Le réchauffement climatique que ces puits nous aident à freiner en captant le principal gaz à effet de serre est aussi l’une des causes de leur affaiblissement.

En clair, les puits de carbone ne pourront jamais compenser des émissions qui continuent d’augmenter. Les protéger, c’est d’abord réduire nos émissions, puis préserver les océans, les forêts et les sols. C’est à cette condition qu’ils pourront continuer à jouer leur rôle pour les générations futures.

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