Tereos et Carbone Farmers : engager la filière betterave sucrière dans la transition bas-carbone

Champ de betteraves sucrières

Genèse du projet Tereos et Carbone Farmers, pour une betterave sucrière bas-carbone


Logo de TereosLe projet pour une betterave régénératrice est une démarche pluriannuelle coordonnée par Carbone Farmers, en lien avec la coopérative sucrière Tereos, qui accompagne dans la transition agroécologique plusieurs centaines d’exploitations betteravières françaises.

La démarche a débuté en 2024 avec Tereos, premier groupe sucrier français et deuxième mondial. Celui-ci réunit plus de 12 000 coopérateurs à travers le monde et transforme betterave, canne à sucre et céréales en sucres, alcool, éthanol et amidon. Présente dans plus de 15 pays, la coopérative reste ancrée dans ses racines agricoles françaises, notamment à travers ses sites de transformation dans les Hauts-de-France, le Grand Est et la région Centre.

Depuis plusieurs années, Tereos est le fer de lance des démarches bas-carbone et d’agriculture régénératrice. En effet, le groupe accompagne ses coopérateurs et coopératrices vers des pratiques plus écologiques, tout aussi performantes agronomiquement.

Cet engagement s’est concrétisé par le lancement de projets collectifs labellisés Label bas carbone certification., en partenariat avec Carbone Farmers.

Ces projets à grande échelle (plus d’une centaine d’agriculteurs et agricultrices par cohorte) encouragent les producteurs de betteraves sucrières à adopter de nouvelles pratiques agricoles, afin d’améliorer le stockage de carbone dans leurs sols et de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre en maintenant leur productivité.

En s’engageant dans cette démarche, Tereos réaffirme sa volonté d’être moteur dans la décarbonation de la filière sucrière pour construire des filières agricoles résilientes, responsables et ancrées territorialement.

Photo de la coopérative Tereos

Un partenariat avec Tereos qui se consolide

Un modèle de transition éprouvé sur le terrain

Les projets menés avec Tereos reposent sur une approche standardisée, déployée à grande échelle auprès des producteurs volontaires, basée sur la méthodologie Grandes cultures v1.1 du Label bas carbone. Chaque exploitation agricole fait l’objet d’un double bilan carbone :

  • un scénario initial, basé sur les pratiques existantes 
  • un scénario prospectif, construit avec l’agriculteur et son technicien, intégrant un plan d’action sur 5 ans avec plusieurs leviers de transition

Ce travail permet de mesurer le potentiel de réduction d’émissions et de stockage de carbone, d’obtenir un facteur d’émission net
spécifique et d’objectiver le coût de transition afin de répartir les financements aux agriculteurs entre différentes parties prenantes.

L’objectif du plan d’actions est d’agir sur deux dimensions :

  • the emission reduction brutes de gaz à effet de serre
  • l’augmentation du stockage de carbone dans les sols

En moyenne, 3,1 leviers agronomiques sont activés par exploitation entre le scénario initial et le scénario prospectif, comme :

  • l’augmentation de la biomasse des couverts intermédiaires
  • l’augmentation de l’apport en engrais organiques et l’enfouissement des engrais
  • l’introduction de légumineuses ou l’allongement des rotations 
  • l’utilisation d’engrais moins volatiles

Une première cohorte (R25) qui valide la dynamique bas-carbone

La première cohorte du projet, construite à partir des données de la récolte 2025, constitue une première démonstration à grande échelle du modèle.

77 % des agriculteurs ayant réalisé un bilan carbone initial ont choisi de s’engager dans la démarche Label bas carbone pour une durée de 5 ans.

Cela représente :

  • 157 exploitations agricoles
  • plus de 27 000 hectares de terres en transition

répartis principalement dans les Hauts-de-France, ainsi qu’en Centre-Val de Loire, Île-de-France et Grand Est.

Les exploitations engagées sont majoritairement en agriculture conventionnelle, ce qui peut constituer un vrai tournant pour celles-ci. La betterave sucrière représente par ailleurs 20 % de l’assolement en moyenne.

Les résultats attendus sont significatifs, avec une réduction de l’intensité carbone de la betterave de l’ordre de 20 %.

Cette intensité carbone repose sur une méthodologie distinguant :

  • des émissions calculées à l’échelle de la culture (intrants, fertilisation, fuel, etc.)
  • un stockage de carbone calculé à l’échelle de la rotation, puis réalloué à la culture selon son poids dans l’empreinte carbone globale.

Calcul de la baseline de Tereos pour davantage d’exactitude

Tereos a par ailleurs voulu calculer le point de départ sur lequel baser ses engagements SBTi de décarbonation, à savoir son facteur d’émission spécifique en 2022, avant de commencer les démarches bas-carbone. Nous l’avons donc accompagné dans le calcul de cette baseline, sur 101 agriculteurs et agricultrices sélectionnés aléatoirement par Control Union.

Nous avons effectué leurs bilans carbone initiaux ou initiaux + prospectifs, dans le but de calculer le facteur d’émission moyen de Tereos en 2022. Sur la base de ce facteur d’émission personnalisé et représentatif de l’ensemble de ses bassins de production, Tereos peut piloter ses engagements de manière plus fine et pertinente.

Une deuxième cohorte (R26) pour changer d’échelle

Par la suite, une deuxième cohorte d’environ 160 agriculteurs a été lancée pour la période 2026-2031.

Le projet s’étend en outre à de nouveaux bassins de production.

Cette nouvelle cohorte confirme la capacité de la démarche à être répliquée, avec un niveau d’engagement comparable à la première cohorte, et marque le passage d’une logique pilote à une logique plus structurée pour Tereos.

Les premiers résultats, en cours de consolidation, viendront préciser les performances agronomiques et carbone de cette nouvelle vague d’engagement.

La valeur ajoutée de Carbone Farmers pour soutenir et massifier la transition

Définir le modèle et évaluer le coût de transition, un préalable nécessaire

La plus-value de Carbone Farmers est de proposer un modèle de financement de la transition pour les agriculteurs et agricultrices engagés dans la démarche bas carbone avec Tereos. Le calcul du bilan prospectif présuppose de définir avec l’agriculteur et son technicien de coopérative des leviers à mettre en place, qui représentent souvent un investissement supplémentaire, et donc un surcoût.

Notre travail est alors d’objectiver ce coût, en calculant des indicateurs économiques à partir des données du terrain. Cela nous permet de mettre à disposition des différentes parties prenantes des ordres de grandeur objectifs des coûts liés à la mise en place de ces leviers.

Et ce, dans le but de proposer une mutualisation du financement de la transition de plusieurs manières.

Un financement mutualisé, à travers la participation financière des différentes entreprises de la chaîne de valeur ou d’entreprises de plusieurs filières sur un même territoire, est la clé de la massification de la transition.

La prime filière versée par Tereos pour couvrir une partie du coût de transition

Les données récoltées sur le terrain auprès des producteurs nous permettent de calculer des facteurs d’émissions de la betterave spécifiques à chaque exploitation agricole.

Ces facteurs d’émissions sont précieux parce qu’ils reflètent les efforts des agriculteurs. Pour qu’ils soient valorisés à juste titre, Tereos a versé une prime à près de 400 agriculteurs, appelée prime filière, à hauteur de 800 000 € pour la campagne 2024-2025. Le montant individuel de la prime varie en fonction de l’amélioration du facteur d’émission. Elle est par ailleurs amenée à être recalculée tous les ans, sur la base du FE de la betterave et les débouchés possibles au sein de la filière.

Cette prime permet de couvrir en partie le coût de transition, pour encourager les producteurs à poursuivre leurs actions.

Cependant, le financement par un seul acteur ne suffit pas, c’est pourquoi chez Carbone Farmers nous mettons en place des démarches de mutualisation : dans la mesure où les agriculteurs engagés s’investissent dans la décarbonation de leur atelier de culture en entier, l’ensemble de leur assolement est concerné par la réduction d’émissions et le stockage de carbone (et pas uniquement la production de betterave). Il est donc primordial de valoriser le reste des productions de l’exploitation agricole.

Une mutualisation « horizontale » pour des projets territorialisés et des exploitations agricoles plus résilientes

Carbone Farmers, grâce à sa connaissance des bassins d’approvisionnement de Tereos, a mis en lien plusieurs acteurs de l’amont agricole pour financer la transition des producteurs sur l’ensemble de leurs ateliers de culture, et parfois même d’élevage.

Cela s’est concrétisé à travers les projets suivants :

  • Mutualisation avec Axéréal pour la cohorte R25 et R26, ce qui concerne 40 agriculteurs en tout : productions céréalières valorisées par Axéréal et betterave valorisée par Tereos
  • Mutualisation avec La Prospérité Fermière et Unéal : sur des exploitations en polyculture (Unéal et Tereos) et élevage laitier (La Prospérité Fermière), environ 50 exploitations des Hauts-de-France ont été engagées dans le projet 
  • Mutualisation avec Adagri, pour 4 agriculteurs en Ile-de-France et Centre-Val de Loire 
  • Développement de nouveaux projets mutualisés avec d’autres coopératives et collecteurs, dans le cadre de l’appel à projets lancé par l’ADEME en 2025 (ce qui a permis d’allouer des financements à Tereos pour sa transition bas-carbone), avec :
    • Cérèsia : 20 bilans carbone, dont une partie réalisés par Carbone Farmers
    • Avec Francopia : 20 agriculteurs mutualisés
    • Avec Neo Negoce and Novial : 30 polyculteurs-éleveurs soutenus dans la transition, dont 60 % sont adhérents Tereos 
    • 18 agriculteurs dans le Centre-Val-de-Loire viennent s’ajouter à ces cohortes

Les données de l’amont agricole transmises à toute la chaîne de valeur, une démarche gagnant-gagnant pour pérenniser la transition

Les données récoltées sur le terrain auprès des producteurs de Tereos sont agrégées et consolidées dans notre plateforme FarmGate Metrics, certifiée ISO 14067, qui atteste de l’empreinte carbone d’un produit (ECP). Cela permet de récupérer le facteur d’émission spécifique de la betterave. Ces données sont suivies et actualisées durant les 5 ans du projet grâce à des bilans annuels.

FarmGate Metrics génère des attestations pour des volumes de betterave sucrière à un facteur d’émission donné, afin de les vendre et de valoriser les démarches dans la filière. Tereos peut ainsi transmettre ces informations à toute sa chaîne de valeur : transformateurs, notamment dans le secteur de la cosmétique, de la pharmacie, de la pâtisserie et de la viennoiserie industrielles, puis distributeurs. Dès lors, les clients aval de Tereos peuvent à leur tour afficher une réduction de leurs émissions scope 3 correspondant au volume de betterave acheté au FE donné.

Notre valeur ajoutée est de pouvoir retracer la chaîne de valeur de Tereos pour proposer à son aval de s’engager à ses côtés dans cette transition, pour une valorisation complète.

L’importance du co-financement par les crédits carbone ​

Finally, les primes filières ne suffisent pas à ce jour pour couvrir le coût de transition. L’aide financière d’acteurs extérieurs au monde agricole est donc primordiale, notamment à travers les carbon credits.

Comme les agriculteurs et agricultrices du projet se sont lancés dans une démarche bas carbone, leurs exploitations sont engagées Label bas carbone, ce qui leur permet de générer des crédits carbone.

Carbone Farmers, en tant que mandataire du projet, se charge des démarches administratives pour la labellisation et la vente de ces crédits carbone au prix le plus juste. Celui-ci est donc calculé pour couvrir au maximum les coûts de transition, parfois élevés en agriculture.

La vision de Carbone Farmers est donc de proposer des crédits carbone ex-ante, c’est-à-dire dont la vérification de la réduction ou de la séquestration de GES n’est pas encore achevée. Le Label bas carbone certifie néanmoins une trajectoire hautement probable, avec un rabais conséquent pour éviter de surestimer la quantité de crédits générés. L’intérêt de nos crédits carbone agricoles est de soutenir et encourager les agriculteurs français dans leur démarche de transition.

Des perspectives pour Tereos : une massification de la démarche et une extension à l’agriculture régénératrice​

Mains tenant une motte de terre riche avec une jeune pousse verte Tereos a engagé à ce jour 750 producteurs dans la transition, pour atteindre les 1000 agriculteurs et agricultrices mobilisés dans les prochaines années. À terme, la coopérative vise d’engager ses 10 000 agriculteurs dans des démarches bas carbone et d’agriculture régénératrice.

Chez Carbone Farmers, nous développons par ailleurs actuellement une offre sur l’agriculture régénératrice pour Tereos, avec un focus sur une trentaine d’indicateurs environnementaux suivis par notre plateforme FarmGate Metrics. Ils sont relatifs à la qualité de l’eau, des sols, de l’air, de la biodiversité, mais aussi à l’état des ressources et à certains paramètres socio-économiques.

En effet, le carbone ne rend pas à lui seul compte de tous les aspects environnementaux induits par des changements de pratiques sur les exploitations. Tereos s’empare donc du sujet pour offrir à ses agriculteurs la possibilité d’une transition plus systémique, avec les clés de l’agriculture régénératrice, afin de mieux prendre en compte les enjeux écologiques actuels au-delà de l’impact climatique.

Sur le terrain : l'engagement dans la transition agricole d'un agriculteur Tereos, Alain Carré

Alain Carré est installé dans l’Aube en polyculture depuis 1994.

Quand il a entendu parler du bas carbone pour la première fois, c’est via sa coopérative Tereos.

L’agriculteur s’intéresse depuis longtemps aux pratiques d’agriculture régénératrice. Il n’a pas attendu les démarches collectives pour installer sur son exploitation des haies, des couverts végétaux (pratique qu’il a adoptée depuis 20 ans !) et se montrer vigilant sur ses IFT.

La projet bas-carbone avec Tereos est donc pour lui l’occasion de creuser des thématiques qu’il connaît déjà et de découvrir de nouvelles améliorations : couverts sur intercultures courtes, formes d’azote différentes.

Alain Carré est curieux de la suite de la démarche : il sait qu’ils n’en sont qu’aux prémices du projet, et espère que celui-ci réussira à s’inscrire sur le temps long.
En attendant, il parfait sa connaissance des pratiques agricoles plus durables, et reconnaît que, même s’il n’est « pas parfait », il « essaie de faire au mieux ».

« Nous mettons en place des pratiques plus vertueuses en réponse aux préoccupations des consommateurs.
Ces efforts doivent être valorisés, en particulier par les consommateurs, de qui viennent ces demandes. »

Photo de M. Alain Carré, entouré de deux photos de ses arracheuses de betteraves